Voulez-vous, M.F., éprouver la grandeur de la bonté de Dieu pour ses créatures ? faites-vous un devoir de bien observer tout ce que les commandements vous
ordonnent, et vous serez étonnés de voir combien le bon Dieu prend soin de ceux qui ne cherchent qu'à lui plaire. Si vous en voulez voir les preuves, M.F., ouvrez les livres saints et vous en
serez parfaitement convaincus. Nous lisons dans l'Écriture sainte que le prophète Élie, fuyant la persécution de la reine Jézabel, alla se cacher dans un bois. Étant là, dépourvu de tout
secours humain, le Seigneur le laissera-t-il mourir de misère ? Non, certainement, M.F., le Seigneur, du haut du ciel, ne manque pas d'avoir les yeux sur son fidèle serviteur. De suite, il
lui envoie un ange du ciel pour le consoler et lui porter tout ce qu'il lui fallait pour se nourrir : Voyez le soin que le Seigneur prend de nourrir la veuve de Sarepta. Il dit à son prophète :
« Va trouver cette bonne veuve, qui me sert et observe mes commandements, avec fidélité ; tu multiplieras sa farine, crainte qu'elle ne souffre. » Voyez comment il commande à un autre prophète Habacuc d'aller porter à manger aux trois enfants
qui étaient dans la fournaise de Babylone.
Si vous passez de l'ancienne loi à la nouvelle, les merveilles que le bon Dieu opère pour ceux qui ont soin de bien observer ses commandements, ne sont pas moins
grandes. Voyez comment le bon Dieu nourrit des milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons ; cela n'est pas difficile à comprendre, puisqu'ils cherchaient, premièrement, le royaume des cieux
et le salut de leur âme en suivant Jésus-Christ. Voyez comment il prend soin de nourrir un saint Paul ermite, pendant quarante ans, par le ministère d'un corbeau ; preuve bien claire que
le bon Dieu ne perd jamais de vue ceux qui l'aiment, pour leur fournir tout ce qui leur est nécessaire. Lorsque saint Antoine alla voir saint Paul, le bon Dieu lui envoya un double
repas : Ô mon Dieu ! que vous aimez ceux qui vous aiment ! que
vous avez peur qu'ils souffrent ! Dites-moi, M.F., qui commanda à ce chien d'aller chaque jour porter la petite provision à saint Roch dans un bois. Qui commanda à cette biche d'aller tous
les jours donner son lait à l'enfant de Geneviève de Brabant dans son désert ? N'est-ce pas le bon Dieu, M.F. ? Et pourquoi, M.F., est-ce que le bon Dieu prend tant de soins de
nourrir tous ces saints, sinon parce qu'ils étaient fidèles à observer tous les commandements qu'il leur donnait ?
Oui, M.F., nous pouvons dire que les saints faisaient consister tout leur bonheur à observer les commandements de Dieu, et qu'ils auraient mieux aimé souffrir
toutes sortes de tourments que de les violer ; nous pouvons dire aussi que tous les martyrs n'ont été martyrs que parce qu'ils n'ont pas voulu violer les commandements de Dieu. En effet,
M.F., demandez à sainte Reine, cette jeune vierge, pourquoi elle a tant enduré de tourments, ce qui lui fut d'autant plus sensible que ce fut son père qui fut son bourreau ? Il la fit
pendre par ses cheveux à un arbre où il là fit frapper de verges jusqu'à ce que son pauvre petit corps innocent ne fût qu'une plaie. Après ces cruautés, qui firent frémir même les païens qui en
furent témoins, il la fit conduire en prison, dans l'espérance qu'elle ferait ce qu'il lui commandait. La voyant inébranlable, il la fit ramener auprès de l'arbre, et ordonnant qu'on l'attachât
comme la première fois par les cheveux, il la fit écorcher tout en vie. Quand la peau fut séparée de son corps, il la fit jeter, dans une chaudière d'huile bouillante, où il la regardait
impitoyablement brûler. Si vous me demandez, M.F., pourquoi elle supporta tant de cruautés ? ah ! M.F., le voici. C'est qu'elle ne voulut pas transgresser le sixième commandement de
Dieu, qui défend toute impureté. Pourquoi est-ce que la chaste Suzanne ne voulut
pas consentir aux désirs de ces deux infâmes vieillards et qu'elle préféra plutôt la mort ? N'est-ce pas pour la même raison ? Qui fut la cause que le chaste Joseph fut décrié, calomnié auprès de Putiphar, son maître, et conduit en prison ? n'est-ce pas encore pour la même raison ? Pourquoi est-ce que saint Laurent se laissa
coucher sur un brasier de charbons allumés ? N'est-ce pas parce qu'il ne voulut pas transgresser le premier commandement de Dieu, qui nous ordonne de n'adorer que Dieu et de l'aimer plus
que nous-mêmes ? Oui ; M.F., si nous parcourons un peu les livres où sont renfermés les actions des saints, nous y voyons des exemples admirables et étonnants de leur fidélité à
observer les commandements de Dieu, et nous voyons qu'ils ont préféré souffrir tout ce que les bourreaux ont pu inventer, plutôt que d'y manquer.
Nous lisons dans l'histoire des martyrs du Japon, que l'empereur fit arrêter, dans un même endroit, vingt-quatre chrétiens ; à qui l'on fit souffrir tout ce
que la rage des païens put leur inspirer. Les martyrs se disaient les uns aux autres : « Prenons bien garde de ne pas violer les commandements de Dieu pour obéir à ceux de
l'empereur ; prenons courage, le ciel vaut bien quelques souffrances qui ne durent que quelques moments. Espérons fermement, et le bon Dieu, pour qui nous voulons souffrir, ne nous
abandonnera pas. »
Lorsqu'on les eut conduit dans le lieu où l'on devait les interroger, celui qui les avait menés faisant l'appel et croyant qu'il en manquait, cria à haute
voix : « Mathieu ? où est Mathieu ? » Un soldat, qui, depuis longtemps, désirait se faire connaître pour chrétien, s'écrie : « Me voici, qu'importe,
d'ailleurs, dit-il, la personne, je m'appelle aussi Mathieu et je suis chrétien comme lui. » Le juge, tout en fureur, lui demanda s'il le disait tout de bon. « Oui, répondit le soldat, il y a longtemps que je professe la religion chrétienne, j'espère ne jamais la quitter ; je ne désire que le moment de la manifester
à l'extérieur. » De suite, le juge le fit mettre au nombre des martyrs. Il en eut tant de plaisir, qu'il en mourut de joie, avant de mourir dans les tourments. Parmi ce nombre, il y avait
un enfant de dix ans. Le juge, le voyant si jeune, ne voulut pas, pendant quelque temps, le mettre sur la liste de ceux qui devaient mourir pour Jésus-Christ. Cet enfant était inconsolable de
se voir privé de ce bonheur ; il protesta si fort que jamais il ne changerait et qu'il mourrait dans cette religion, il fit tant, qu'il força, pour ainsi dire, le juge à le mettre au
nombre des martyrs. Il en eut une si grande joie, qu'il semblait ne pouvoir plus se posséder ; il voulait toujours être le premier, toujours répondre pour tous ; il aurait voulu avoir
le cœur de tous les hommes pour les sacrifier tous à Jésus-Christ. Un seigneur païen, ayant appris que cet enfant était destiné à mourir avec les autres chrétiens, en fut touché de compassion.
Il va lui-même trouver l'empereur, pour le prier d'avoir pitié de cet enfant, disant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. L'enfant, qui l'entendît, se tourna contre lui, en lui disant :
« Seigneur, gardez votre compassion pour vous ; pensez seulement à vous faire baptiser et à faire pénitence, sans quoi, vous irez brûler avec les démons. » Ce seigneur, le voyant
si bien résolu à la mort, le laissa. L'enfant, s'étant trouvé présent quand on leur lut leur sentence, qui portait qu'on leur couperait le nez et les oreilles, et qu'on les promènerait sur des
charrettes par toute la ville, pour donner plus d'horreur de la religion chrétienne, et afin que les païens les accablassent d'injures ; ce pauvre petit eut une si grande joie, qu'il
semblait qu'on venait de lui annoncer la possession d'un royaume entier. Les païens eux-mêmes étaient étonnés qu'un enfant si jeune eût tant de courage et éprouvât tant de joie de mourir pour
son Dieu. Les bourreaux étant venus pour exécuter les ordres de l'empereur, tous ces saints martyrs allèrent se présenter à leur bourreau pour se faire découper, avec autant de tranquillité et
de joie que si on avait voulu les conduire dans une salle de festin. Ils se laissèrent couper le nez et les oreilles avec la même tranquillité que si on leur avait coupé un morceau de leur
habit. Leur pauvre corps était tout couvert de sang, ce qui fit horreur même aux païens qui en furent témoins. On entendait ceux-ci s'écrier de temps en temps : « Ô quelle
cruauté ! ô quelle injustice de faire tant souffrir des personnes qui n'ont point fait de mal ! Voyez-vous, se disaient-ils les uns aux autres, voyez quel courage leur donne cette
religion qu'ils professent. » Toutes les fois qu'on les interrogeait, ils ne répondaient rien, sinon qu'ils étaient chrétiens et qu'ils savaient souffrir et mourir, mais que jamais ils ne
violeraient les commandements de leur Dieu, parce qu'ils faisaient consister tout leur bonheur à y être fidèles. Hélas ! ces pauvres martyrs, après qu'on les eût promenés par la ville sur
ces charrettes, leur corps était tout couvert de sang ; les pierres étaient toutes ensanglantées et la terre était toute rouge du sang qui coulait, avec abondance de leurs plaies. Comme
leur sentence portait qu'ils devaient mourir chacun sur une croix, celui qui les avait conduits pour la première fois, reconnut ces chrétiens. Ce qui le toucha grandement, ce fut cet enfant de
dix ans. Il s'approcha de lui, en lui disant : « Mon enfant, vous êtes bien jeune, c'est bien dommage de mourir dans un âge si peu avancé ; si vous voulez, je me charge d'obtenir
votre grâce auprès de l'empereur, et bien plus, une grande récompense : » Cet enfant, l'entendant parler de la sorte, se mit à rire en lui disant qu'il le remerciait bien ; mais
de garder toutes ses récompenses pour lui-même, puisqu'il n'avait point d'espérance pour l'autre vie ; mais que, pour lui, il méprisait tout cela comme étant trop peu de chose ; que
toute sa crainte était de ne pas avoir le bonheur de mourir, comme les autres martyrs, pour Jésus-Christ. Sa mère, qui était témoin de tout cela, quoique chrétienne, était inconsolable de voir
mourir son enfant sur une croix. Ce pauvre petit, voyant sa mère si désolée, l'appela auprès de lui, en lui disant qu'il était peu édifiant pour une mère chrétiennede tant pleurer la
mort d'un enfant martyr, comme si elle ne connaissait pas tout le prix d'un tel sacrifice ; qu'elle devrait, au contraire, l'encourager et remercier le bon Dieu d'une telle grâce. Cet
enfant de bénédiction, un moment avant de mourir, dit des choses si belles et si touchantes sur le bonheur de ceux qui meurent pour Jésus-Christ, que les païens aussi bien que les chrétiens,
tous fondaient en larmes. Lorsqu'on l'approcha de sa croix, avant d'y être attaché, il embrassa cette croix, il la baisa, il l'arrosa de ses larmes, tant il eut de joie de voir que
véritablement il allait mourir pour son Dieu. Quand, ils furent tous sur leurs croix, l'on entendit une troupe d'anges qui chantaient le Laudate pueri Dominum, avec leur musique céleste ; ce qui fut entendu de tous les païens. Quel spectacle ! M.F., le ciel dans l'admiration !... la terre dans
l'étonnement !... les assistants dans les larmes, et les martyrs dans l'allégresse, qui quittent la terre, c'est-à-dire toutes les souffrances et les misères de la vie, pour aller prendre
possession d'un bonheur qui durera autant que Dieu même...
Eh bien ! M.F., dites-moi, qui porta tous ces martyrs à endurer tant de tourments ? si ce n'est pour ne pas vouloir violer les commandements de
Dieu ? Quelle honte pour nous, M.F., lorsque Jésus-Christ nous confrontera avec eux ; nous, que, si souvent, un simple respect humain, un maudit qu'en dira-t-on, fait rougir, ou plutôt nous fait désavouer que nous sommes chrétiens, pour nous mettre du nombre des renégats.
II. – Mais examinons cela, M.F., un peu plus de près, et nous verrons que, si le bon Dieu nous ordonne de garder fidèlement ses commandements, ce n'est que pour
notre bonheur. Il nous dit lui-même qu'ils sont faciles à accomplir, et que, si
nous les accomplissons, nous y trouverons la paix de nos âmes. Si, dans le
premier commandement, le bon Dieu nous ordonne de l'aimer, de le prier et de ne nous attacher qu'à lui, et si nous devons le prier soir et matin, et souvent dans la journée, dites-moi, M.F.,
n'est-ce pas là le plus grand de tous les bonheurs pour nous, que le bon Dieu veuille bien nous permettre de nous présenter tous les matins devant lui, pour lui demander les grâces qui nous
sont nécessaires pour passer saintement la journée ? N'est-ce pas une grâce qu'il nous fait, n'est-ce pas cette grâce, que le bon Dieu nous donne le matin, qui rend toutes nos actions
méritoires pour le ciel ? n'est-ce pas ce qui nous les fait trouver moins dures ? Si ce même commandement nous ordonne de n'aimer que Dieu et de l'aimer de tout notre cœur, n'est-ce
pas parce qu'il sait qu'il n'y a que lui qui puisse nous contenter et nous rendre heureux en ce monde ? Voyez une maison, où tous ne vivent que pour Dieu : n'est-ce pas un petit
paradis ? Vous conviendrez donc avec moi, M.F., que ce commandement n'a rien que de doux et de consolant pour celui qui a le bonheur de l'observer avec fidélité.
Si nous passons au deuxième, qui nous défend toute sorte de jurements, de blasphèmes, d'imprécations et de malédictions, et toute sorte de colère, en nous
recommandant la douceur, la charité, et la prévenance pour tous ceux qui nous environnent : dites-moi, M.F., qui sont ceux qui sont le plus heureux, ou de ceux qui se livrent à tous ces
excès de colère, d'emportements et de malédictions, ou de ceux qui, dans tout ce qu'ils font ou disent, montrent cette égalité d'humeur, cette bonté, et qui s'étudient continuellement à faire
la volonté des autres ? Nous voyons donc que ce commandement ne contribue qu'à nous rendre heureux nous-mêmes et ceux qui sont avec nous.
Si nous venons au troisième, qui nous ordonne de passer saintement le jour du dimanche, en cessant toute sorte de travail manuel pour ne nous occuper que de ce
qui regarde le service de Dieu et le salut de notre âme : dites-moi, M.F., n'est-ce pas pour notre bien ; puisque nous cessons de travailler pour ce monde qui n'est rien ?
puisque nous ne sommes qu'un instant sur la terre, et qu'en priant ou faisant de bonnes œuvres, nous nous ramassons pour le ciel un trésor que nous ne quitterons jamais, et, par là, nous
attirons sur notre travail de la semaine toute sorte de bénédictions ? N'est-ce pas déjà un moyen pour notre bonheur ? Ce même commandement nous ordonne encore d'employer ce saint
jour à pleurer nos péchés de la semaine, de nous en purifier par la vertu des sacrements : n'est-ce pas, M.F., nous forcer, pour ainsi dire, à ne chercher que notre bien, notre bonheur, et
notre félicité éternelle ? Ne sommes-nous pas plus contents lorsque nous avons bien passé le saint jour du dimanche à prier le bon Dieu, que si nous avons eu le malheur de le passer dans
les plaisirs, les jeux et les débauches ? Le troisième commandement n'a donc rien que de consolant et d'avantageux pour nous.
Si nous passons au quatrième, qui ordonne aux enfants d'honorer leurs parents, de les aimer, de les respecter et de leur souhaiter et procurer tous les biens dont
ils sont capables : dites-moi, n'est-ce pas une chose juste et raisonnable ? Des parents qui ont tant fait pour leurs enfants ! n'est-il pas juste que ces mêmes enfants les
aiment et leur donnent toutes les consolations dont ils sont capables ? Si ce commandement était bien observé, ces familles ne seraient-elles pas un petit paradis par ce respect, cet amour
que les enfants auraient pour leurs parents ! Si ce même commandement ordonne aux parents d'avoir bien soin des âmes de leurs enfants, et leur dit qu'un jour ils en rendront un compte
rigoureux, n'est-ce pas une chose juste ; puisque ces âmes ont tant coûté à Jésus-Christ pour les sauver, et qu'elles seront la joie et la gloire de leurs parents pendant toute
l'éternité ? Si ce même commandement ordonne aux maîtres et maîtresses d'avoir grand soin de leurs domestiques, de les regarder comme leurs enfants, ces maîtres ne sont-ils pas trop
heureux de pouvoir aider à sauver des âmes qui ont tant coûté de tourments à un Dieu fait homme pour nous ? Disons mieux, M.F. : si ce commandement était bien observé, le ciel ne
descendrait-il pas sur terre par la paix et le bonheur que nous y goûterions ?
Si nous passons au cinquième qui nous défend de faire tort à notre prochain dans ses biens, sa réputation et sa personne, n'est-ce pas une chose bien juste,
puisque nous devons les aimer comme nous-mêmes, et une chose, en même temps, bien avantageuse pour nous, puisque Jésus-Christ nous dit que jamais le bien d'autrui n'entrera dans le ciel ?
Vous voyez que ce commandement n'a rien de dur, puisque par lui nous nous assurons le ciel. Si nous passons au sixième commandement, qui nous défend toute impureté dans les pensées, les désirs
et les actions ; n'est-ce pas pour notre paix et notre bonheur que le bon Dieu nous défend toutes ces choses ? Si nous avons le malheur de nous livrer à quelques-uns de ces mauvais
péchés infâmes, votre pauvre âme n'est-elle pas comme dans un enfer ? n'êtes-vous pas tourmentés et le jour et la nuit ? D'un autre côté, votre corps et votre âme ne sont-ils pas
destinés à être la demeure de la Très-Sainte Trinité ; ne doivent-ils pas, dis-je, aller passer une éternité avec les anges, auprès de Jésus-Christ qui est la pureté même ? Vous voyez
donc que ce commandement ne nous est donné que pour notre bien et notre repos, même dès ce monde
Si le bon Dieu nous dit, M.F., par la voix de son Église : « Je vous commande de ne jamais laisser passer plus d'un an, sans vous
confesser ; » dites-moi, ce commandement n'est-il pas pour nous montrer la grandeur de l'amour de Dieu pour nous ? Dites-moi, quand même l'Église n'aurait pas fait ce
commandement, peut-on vivre tranquille avec le péché dans le cœur et le ciel fermé pour nous, étant exposés à chaque instant à tomber en enfer. Si le bon Dieu nous commande de le recevoir à
Pâques, hélas ! M.F., une âme peut-elle bien vivre, ne faisant qu'un repas tous les ans ? Mon Dieu, que nous connaissons peu notre bien, notre bonheur ! Si l'Église nous ordonne
de nous priver de manger de la viande, de jeûner certains jours ; est-ce une chose injuste ; puis qu'étant pécheurs, nous devons nécessairement faire pénitence dans ce monde ou dans
l'autre ? Et n'est-ce pas, en cela, changer contre de petites peines ou privations des maux bien rigoureux dans l'autre vie ?
Ne conviendrez-vous pas avec moi, M.F., que si le bon Dieu nous a fait des commandements, nous oblige de les observer, cela n'est que pour nous rendre heureux
dans ce monde et dans l'autre ? De sorte, M.F., que si nous voulons espérer quelques consolations et quelques adoucissements dans nos misères, nous ne les trouverons qu'en observant avec
fidélité les commandements de Dieu ; et, tant que nous les violerons, nous ne serons que malheureux, même dès ce monde. Oui, M.F., quand même une personne serait maîtresse de la moitié du
monde ; si elle ne fait pas consister tout son bonheur à bien observer les commandements, ne sera que malheureuse. Voyez, M.F., lequel était le plus heureux de saint Antoine dans son
désert, livré à toutes les rigueurs de la pénitence, ou de Voltaire, dans tous ses biens et ses plaisirs ; et, comme nous dit saint Paul, dans son abondance et sa crapule. Saint Antoine vit heureux, meurt content et, maintenant, jouit d'un bonheur qui ne
finira jamais ; tandis que l'autre vit malheureux avec tous ses biens, meurt en désespéré, et maintenant, selon toute apparence, sans le juger, souffre comme un réprouvé. Pourquoi, M.F.,
cette grande différence ? c'est que l'un fait consister tout son bonheur à observer fidèlement les commandements de Dieu, et l'autre met tous ses soins à les violer et à les faire
mépriser ; l'un, dans la pauvreté, est content ; et l'autre, dans l'abondance, est bien misérable ; ce qui nous montre, M.F., qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse nous contenter
et rien autre chose.
Voyez le bonheur que nous avons si nous observons fidèlement les commandements de Dieu, puisque nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ nous dit :
« Celui qui observe mes commandements m'aime et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; nous viendrons en lui et nous y ferons notre demeure. » Quel bonheur peut être plus grand et quelle grâce plus précieuse ; puisque en gardant les
commandements de Dieu, nous attirons en nous tout le ciel. Le saint roi David avait bien raison de s'écrier : « Ô mon Dieu, que ceux qui vous servent sont heureux ! » Voyez encore combien le bon Dieu bénit les maisons de ceux qui observent ses lois
divines. Nous lisons dans l'Évangile que le père et la mère de saint Jean-Baptiste gardaient si bien les commandements que personne ne pouvait leur reprocher la moindre chose ; aussi le bon Dieu, en récompense, leur donna un enfant qui fut le plus grand de tous les
prophètes. Ce fut un ange qui vint du ciel, pour leur annoncer cette heureuse nouvelle. Ce fut même le Père éternel qui lui donna le nom de Jean, qui veut dire : enfant de bénédiction et
de bonheur. A peine Jésus-Christ est-il conçu dans le sein de sa mère, qu'il va lui-même dans cette maison, pour y répandre toute sorte de bénédictions. Il sanctifia cet enfant, avant qu'il fût
né, et remplit le père et la mère du Saint-Esprit. Voulez-vous, M.F., que le bon
Dieu vous visite et vous comble de toute sorte de bénédictions ? tâchez de mettre tous vos soins à bien observer les commandements de Dieu, et tout ira bien chez vous.
Nous lisons dans l'Évangile qu'un jeune homme demanda à Jésus-Christ ce qu'il fallait faire pour avoir la vie, Le Sauveur lui répondit : « Si vous
voulez avoir la vie éternelle, gardez mes commandements avec fidélité. »
Notre-Seigneur s'entretenant un jour avec ses disciples sur le bonheur de l'autre vie, dit que le chemin qui conduit au ciel est étroit, qu'il y en a bien peu qui le cherchent véritablement,
et, parmi ceux qui le trouvent, bien peu qui soient dans cette route : « ce n'est pas tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur, qui seront sauvés ; mais seulement ceux qui
font la volonté de mon Père en gardant mes commandements. Plusieurs me diront au jour du jugement : Seigneur, nous avons prophétisé en votre nom ; nous avons chassé les démons du
corps des possédés et nous avons fait de grands miracles. Je leur répondrai : Retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité. Vous avez fait de grandes choses ; mais vous n'avez pas observé
mes commandements ; je ne vous connais pas. » Jésus-Christ dit au
disciple bien-aimé : « Soyez-moi fidèle jusqu'à la fin, et je vous donnerai la couronne éternelle. » Vous voyez donc, M.F., que notre salut est absolument attaché à l'observance des commandements
de Dieu. Si vous avez quelque doute de savoir si vous serez sauvés ou damnés, prenez les commandements de Dieu et confrontez-les avec votre vie. Si vous voyez que vous marchez dans le chemin
qu'ils vous ont tracé, ne vous mettez en peine que de persévérer ; mais, si vous vivez d'une manière tout opposée, vous aurez beau vous tourmenter, vous ne laisserez pas que d'être
damnés.
III. – Nous disons que si nous voulons avoir la paix de l'âme, il faut garder les commandements de Dieu, parce que le Saint-Esprit nous dit que celui qui a une
conscience pure est comme dans un festin continuel. Il est très certain, M.F.,
que celui qui vit selon les lois de Dieu est toujours content, et, bien plus, rien n'est capable de le troubler. Saint Paul nous dit qu'il est plus heureux et plus content dans sa prison, dans ses souffrances, ses pénitences et sa
pauvreté que ses bourreaux ne le sont dans leur liberté, leur abondance et leur crapule ; que son âme est remplie de tant de joie et de consolation, qu'elle déborde de tous côtés. Sainte Monique nous dit qu'elle fut toujours contente quoiqu'elle fut souvent
maltraitée par son mari, qui était un païen. – Saint Jean de la Croix nous dit
qu'il avait coulé les jours les plus heureux de sa vie, là où il avait le plus souffert. « Mais, au contraire, nous dit le prophète Isaïe, celui qui ne vit pas selon les lois du Seigneur
ne sera ni content ni heureux. Sa conscience sera semblable à une mer agitée par une furieuse tempête, les troubles et les remords le suivront partout. » Si ces personnes veulent vous dire qu'elles sont en paix, ne les croyez pas, parce qu'elles sont
des menteurs ; parce que le pécheur n'aura jamais la paix. Voyez-en la
preuve, M.F., dans Caïn. Dès qu'il eut le malheur d'avoir tué son frère Abel, son péché fut, toute sa vie, son bourreau, qui ne le quitta qu'à la mort pour le traîner en enfer. Voyez encore les frères de Joseph. Voyez même Judas : après avoir vendu son divin Maître, il fut si tourmenté, qu'il alla se pendre à
un figuier, tant la vie lui était à charge. Nous lisons dans l'histoire qu'un
jeune homme, dans un accès de fureur, tua son pauvre père. Son péché ne lui donna de repos ni jour, ni nuit. Il lui semblait entendre son père qui lui criait : « Ah ! mon fils,
pourquoi m'as-tu égorgé. » Il alla lui-même se dénoncer pour qu'on le fît mourir, pensant que l'enfer ne serait pas plus rigoureux. Hélas ! M.F., si nous avons le malheur de ne pas
garder les commandements de Dieu, jamais nous ne serons contents, même avec les plus grands biens. Voyez Salomon, etc.
Mais, chose étrange, M.F., l'homme a beau être tourmenté et savoir les remèdes qu'il faut prendre pour avoir la paix avec son Dieu et avec lui-même, il aime mieux
commencer son enfer que d'avoir recours aux remèdes que Jésus-Christ nous a donnés. Vous êtes malheureux, mon ami, pourquoi voulez-vous rester dans cet état ? Revenez à Jésus-Christ et
vous retrouverez la paix de l'âme que vos péchés vous ont ravie.
IV. – Nous disons que si nous ne gardons pas les commandements de Dieu, nous serons malheureux tous les jours de notre vie. Voyez-en la preuve dans Adam. Dès
qu'il eut péché, le Seigneur lui dit : « Parce que tu as violé mes lois, la terre, pour toi, sera maudite ; elle ne produira d'elle-même que des ronces et des épines. Tu mangeras
ton pain à la sueur de ton front, et cela, tous les jours de ta vie. »
Voyez Caïn ; le Seigneur lui dit : « Caïn, le sang de ton frère crie vengeance, tu seras errant, vagabond et fugitif tous les jours de ta vie. » Voyez encore Saül... De sorte, M.F., que, dès que nous cessons de suivre ce que les
commandements de Dieu nous ordonnent, nous devons nous attendre à toutes sortes de maux spirituels et temporels. Pères et mères, voulez-vous être heureux ? Commencez à bien observer les
commandements de Dieu vous-mêmes, afin que vous puissiez vous donner pour modèles à vos enfants, et que vous puissiez toujours leur dire : « Faites comme moi. » Si vous voulez
qu'ils fassent bien leur prière, donnez-leur-en l'exemple. Voulez-vous qu'ils soient bien modestes à l'église, donnez-leur l'exemple ; mettez-les à côté de vous. Voulez-vous qu'ils
observent bien le saint jour du dimanche ? commencez vous-mêmes. Voulez-vous qu'ils soient charitables ? soyez-le vous-mêmes. Hélas ! M.F., si tant de maux nous accablent, n'en
cherchons point d'autres raisons que la multitude des péchés que nous commettons, en transgressant les commandements de Dieu. Plaignons, M.F., ceux qui viendront quelques siècles après nous.
Hélas ! ce sera bien plus mauvais encore.
Voulons-nous, M.F., que Dieu cesse de nous châtier ? cessons nous-mêmes de l'offenser ; faisons comme les saints qui ont tout sacrifié plutôt que de
violer ses saintes lois. Voyez un saint Barthélemy et une sainte Reine, qui ont été écorchés tout en vie, pour ne pas vouloir offenser Dieu. Voyez un saint Pierre et un saint André, qui ont été
crucifiés sur une croix. Voyez toutes ces foules de martyrs qui ont enduré mille tourments pour ne pas transgresser les commandements. Voyez tous les combats qu'ont soutenus les saints Pères
des déserts contre le démon et leurs penchants. Lorsque saint François d'Assise était sur une montagne pour prier, les habitants du voisinage vinrent lui demander de les délivrer, par ses
prières, de quantité de bêtes féroces qui dévoraient tout ce qu'ils avaient. Ce saint leur dit : « Mes enfants, cela ne vient que de ce que vous avez violé les commandements de
Dieu ; revenez à Dieu et vous serez délivrés. » En effet, aussitôt qu'ils eurent changé de vie, ils furent délivrés.
De même, en finissant, disons que si nous voulons que nos maux spirituels et temporels finissent, finissons d'offenser le bon Dieu ; cessons de transgresser
ses commandements. Cessez, M.F., de livrer votre cœur, votre esprit et peut-être même votre corps à l'impureté. Cessez, M.F., de fréquenter les jeux, les cabarets, les lieux de plaisirs.
Cessez, M.F., les travaux du dimanche. Cessons de nous éloigner des sacrements. Cessons, M.F., de nous faire un jeu de violer les lois du jeûne et de l'abstinence ; quittons la route que
suivent les païens, à qui les commandements ne sont pas connus. Cherchons, M.F., notre véritable bonheur qui ne peut se trouver qu'en Dieu seul, en accomplissant fidèlement les commandements.
Cessons, M.F., de travailler à nous rendre malheureux pour l'éternité. Revenons à Dieu, M.F., et pensons que nous sommes chrétiens et que, par conséquent, nous devons combattre nos penchants
et le démon ; fuir le monde et ses plaisirs, vivre dans les larmes, la pénitence et l'humilité. Disons comme le saint roi David : « Oui, mon Dieu ! je me suis éloigné de vos
commandements par mes péchés ; mais, mon Dieu, aidez-moi, je reviendrai à vous par les larmes et la pénitence, et je marcherai tous les jours de ma vie dans la voie de vos commandements,
qui me conduiront jusqu'à vous pour ne jamais vous perdre. » Heureux, M.F., celui qui imitera ce saint roi, qui, revenu à Dieu, ne le quitta jamais plus ! C'est là, M.F., ce que je
vous souhaite.